Aujourd’hui, nous sommes 6 milliards, en 2050, notre terre comptera 3 milliards de bouches en plus à nourrir!
Quand prendrons-nous conscience de la vulnérabilité de l’humain et de son environnement ? L’homme n’est qu’un tout petit élément face à dame nature. La terre, les océans, l’air que nous respirons, sont autant d’éléments qui décident de notre sort, qui s’imbriquent dans notre quotidien ; nous en sommes dépendant, partenaires à vie, nous vivons en elle, avec elle, étroitement liés. Vouloir à tout prix la dominer n’est qu’un leurre. Par contre, l’amadouer, parfois la maîtriser et enfin la respecter est un combat à mener in æternam.
L’Homme dans sa soif de puissance et de modernité, est en train de salir cette terre, et ce, au mépris des contingences biologiques. Il néglige l’environnement, détruit ce qu’il y a de bon dans les sociétés traditionnelles, et pollue sans compter.
Quel flagrant délit d’égoïsme ! Pourtant, avec un changement des mentalités, une entente entre nos différents gouvernants, une entraide cohérente, notre planète devrait, sur toute la surface du globe, pourvoir au besoin alimentaire de l’humanité.
Néanmoins, famine, pénurie rongent déjà une quarantaine de pays, dont quelques uns étaient en voie de développement. Ce déséquilibre est inacceptable ! Je pense surtout aux pays du continent africain, cette situation de pénurie sabote parfois des années de labeur, apportant révoltes, guerres, exodes puis émigration massive vers ces faux eldorados (dont la France fait partie) responsables d’une bonne part de leurs maux …
Plusieurs contrées, déjà pauvres ont subi de graves changements climatiques, il n’y a qu’à constater les derniers ravages de tsunamis, cyclones, ouragans qui laissent des hommes et des terres meurtris. La dernière catastrophe naturelle en Birmanie, aura des répercussions énormes non seulement par le nombre de morts et de terres inondées, mais aussi parce que ce pays était un grenier à riz.
Au tableau déjà noirci, est venue s’ajouter la hausse dévastatrice du pétrole qui fait flamber tous les prix, touchant en premier lieu les produits importés.
Cette spéculation scandaleuse encourage le transfert vers les énergies alternatives et accroît ainsi la demande de blé et de maïs avec lesquels sont produits le bioéthanol, ou celle de soja (biodiesel), tout cela au détriment des cultures vivrières qu’il serait indispensable de favoriser localement.
Les pays les plus riches peuvent et doivent transmettre la technologie via les pays les plus pauvres, mais en respectant coutumes et environnement, sans s’ériger en donneurs de leçons, surtout quand on sait que tous les produits céréaliers blé, riz, couscous qui sont des produits de base de beaucoup de populations déjà fortement brimées, viennent de connaître une hausse considérable, hausse pilotée en grande partie par la Bourse de Chicago, les pays du Nord s’érigeant ainsi en maîtres.
Bref, à l’aube de ce XXIe siècle, le constat est accablant : les raisons de cette pénurie alimentaire sont variées, nombreuses, et, si nous ne faisons pas preuve de vigilance, aucune population n’est véritablement à l’abri; le manque de nourriture peut encore se faire sentir sous d’autres cieux.
Même notre vieux continent peut-être atteint…non, ce n’est pas du catastrophisme, d’ailleurs, la France a déjà connu des périodes de disettes !
Si nous regardons à la loupe les nombreux facteurs susceptibles de bouleversements, nous voyons bien que le fil est ténu : croissance mal maîtrisée, surconsommation qui change nos habitudes alimentaires, perte de terres agricoles au profit d’une urbanisation galopante avec débauche d’hypermarchés, de zones commerçantes dotées d’immenses parkings, dévastation des forêts, surfaces empiétées sur les océans, abus de l’automobile…
Ajoutons aux éléments précités, la dérive économique d’une mondialisation mal gérée qui déstabilise le monde du travail, et nous nous apercevrons que tous ces facteurs mis bout à bout sont autant d’éléments de fragilité d’un système où les premières failles sont déjà perceptibles.
Les modifications climatiques génèrent également de grands changements au fond de nos océans qui, eux aussi, souffrent de l’outrance d’une pollution aux multiples facettes !
Les marins pêcheurs sont étranglés par le prix du gazole, fleuves et rivières charrient les déchets toxiques de certaines industries indélicates…
La PAC (Politique Agricole Commune, fondée en 1957 !), qui vise à moderniser, développer l'agriculture et s’applique également aux produits de la pêche, remplit-elle encore pleinement le rôle qui lui était dévolu ?
Le système d’aides européen semble faire une concurrence déloyale aux producteurs des pays en voie de développement. Certaines productions sont soutenues, d'autres pas ; les aides ne tiennent plus compte du type de production de l'exploitation.
A quand une réforme drastique, adaptée à cette situation d’urgence ?!
L’agroalimentaire qui recherche le gain, incite l’épandage massif de boues, « fertilisantes » pour un temps, mais contenant des métaux tels que le plomb et le cuivre qui peuvent, à plus ou moins long terme, rendre stériles des terres arables. Quant aux multinationales des biotechnologies, elles ne font qu’inciter aux excès.
En ce qui concerne la France, espérons que nos élites nationales sauront trancher face au souci occasionné par une loi visant les OGM et dont certaines règles techniques telle que la distance entre les cultures bio, n’est pas fiable. Il serait aberrant d’y croire et une folie que de négliger un devenir agricole déjà malmené par les changements climatiques.
Nos gouvernants doivent penser une écologie responsable, il s’agit là de santé publique, d’éthique. Le Grenelle de l’environnement est, sans aucun doute, une initiative pertinente, une avancée indéniable reflétant une prise de conscience de nos dirigeants, mais exige aussi une ferme et rapide mise en œuvre.
Certes, nous ne pouvons réfuter le progrès, mais un progrès dans le respect de l’autre, non au détriment des pays les plus pauvres ! La faim, inhérente à ce déséquilibre mondial, ne peut que générer désastres sanitaires, révoltes internes, désordres et guerres.
La terre est un bien commun qu’il faut aimer. Cette terre nourricière, il nous faut la laisser intacte pour les générations suivantes…ça c’est un pari où chacun peut être acteur, même modestement, déjà, en prendre conscience, est un premier pas vers un avenir plus serein!
Notre humble Feuille de Chou, tente simplement d’alerter, de sensibiliser les âmes qui croient encore en la sagesse des hommes et espèrent un équilibre Nord Sud…
Armelle ELFORT - Mai 2008